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L'école en voyage

La vie, le monde et... les maths

Carl Thériault

Collaboration spéciale, Le Soleil,Sainte-Luce-sur-Mer




«Étudier en voyage, c'est aller vers plein de gens, de cultures et de

générations différentes. C'est l'ouverture sur le monde», fait valoir Vincent Bouchard, dont le goût des voyages lui est venu en lisant les

aventures de Tintin... Avec sa conjointe, Anna Maria Bibbo, il a décidé de donner la piqûre à ses fils et de faire l'école à l'aîné, Zachary, tout en voyageant pour affaires à l'autre bout du monde. Le couple de Sainte-Luce-sur-Mer, près de Rimouski, allait d'abord

rencontrer ses fournisseurs en Thaïlande, en Indonésie et en Inde pour

approvisionner sa boutique Nomade, spécialisée dans la vente de vêtements,

bijoux, coffrets et objets divers.




Informations complémentaires

Extraits du journal de voyage de la famille Bibbo-Bouchard




 Les enfants, Noé, cinq ans, et Zachary, sept ans, ont suivi. Tous parlent

avec enthousiasme de ce voyage de deux mois, de novembre à janvier, qui a eu

des effets imprévus sur la vie de famille. «Ce voyage nous a beaucoup

rapprochés. Un besoin de se retrouver au-delà du quotidien, du tourbillon de

la vie, du travail, de l'école, du ménage, des courses...» relate M.

Bouchard.

Les appréhensions du départ se sont vite estompées pour redécouvrir la

grande capacité d'adaptation des enfants... et des parents. «Tu connais

mieux le caractère de ton enfant. On sous-estime leur capacité», décrit Anna

Maria Bibbo.




La famille de Sainte-Luce avait déjà une certaine expérience dans ce domaine

: une période d'immersion en langue anglaise de trois mois de Zachary dans

une maternelle de l'Ouest canadien. «Les deux premières semaines ont été

très difficiles. On était déchiré. Finalement, le lundi suivant, Zachary

s'est adapté comme un enfant qui ne fait pas ses nuits et qui les fait du

jour au lendemain.»

Procédure

La procédure pour faire l'école en voyage est simple. Une demande officielle

doit être adressée à la commission scolaire de l'école de son territoire,

celle des Phares en l'occurrence, pour obtenir une dérogation.«En consultant le site de l'école à la maison au Québec, nous y avons appris

que chaque parent a le droit, selon la charte des droits et libertés, de

choisir le type d'éducation pour son enfant. Ce devrait être naturel de

l'éduquer», exprime Vincent Bouchard dont la famille applique le proverbe

africain selon lequel «il faut tout un village pour élever un enfant».

La difficulté première, pour nous, était qu'il s'agissait de la première

année du primaire pour Zachary. Après avoir rencontré son professeur, il a

vu notre sérieux. Il était important de bien s'entendre avec lui pour ne pas

que Zachary prenne de retard. Le professeur nous a donné le programme avec le livre des maîtres, les sections à étudier, les exercices à réaliser»,

explique AnnaMaria Bibbo. Ainsi, Zachary est devenu un enfant de la mondialisation de la culture et de l'apprentissage. «J'aimais l'école en voyage. Des fois, j'aimais moins ça,

parce j'avais des devoirs. À l'école, on travaille toute la journée. En voyage, on travaillait 15 minutes, une heure et des jours, pas du tout», confie Zachary, qui a ramené un morceau de volcan qu'il a pu montrer aux

élèves de sa classe à son retour au pays.

Avant de partir, le couple avait déjà rencontré, au quai de Rimouski, les

parents de La V'limeuse qui, avec leurs quatre enfants, ont fait un tour du

monde à la voile qui a duré pas moins de six ans.

De la théorie à la pratique

Pour la famille Bouchard-Bibbo, les voyages font aussi partie d'une

connaissance pratique du monde qu'il est impossible d'acquérir sur les bancs de l'école ou dans le cyberespace.

"En voyage, les enfants apprennent énormément sans s'en rendre compte. Où

est Bali sur la carte ? On a regardé des livres de sciences. On pouvait lire

le matin comment était constitué un volcan. En après-midi, on allait en

visiter un. C'était de la science appliquée. Avec un tuba, on allait

explorer directement les coraux dans la mer. C'était idéal pour beaucoup

d'aspects de l'éducation. Zachary a amélioré sa capacité de lecture. Il a lu

des histoires à son frère. Il est en avance sur ce point, dit Vincent

Bouchard.

«Et en voyage, pas de jeux vidéo, pas de télé, pas de jouet. Finalement

c'est plus facile de savoir si Zachary a bien compris parce qu'on lui

demande directement, ce qui n'est pas possible un par un dans une classe

d'une vingtaine d'élèves...»

La présence de mendiants a aussi suscité pour Zachary des questions que

seuls les enfants peuvent poser, surtout quand la main reste tendue. «Je lui

disais que je n'avais rien donné à un mendiant parce que souvent ce sont des

arnaques à touristes. C'était aussi une bonne raison pour lui dire de manger

ce qu'il avait dans son assiette», expose Mme Bibbo.

Motivation à maintenir

Apprendre est une chose, mais maintenir la motivation en voyage est tout un

défi, compte tenu des milles et une distractions que génèrent inévitablement

ces déplacements.

«Quand il fait 32 degrés Celsius jour après jour sous les palmiers, ce n'est

pas toujours facile. C'était plus frais le matin pour faire l'école. Après,

je m'en allais travailler», indique Mme Bibbo.

Pour aider, une bonne écoute «en classe» donnait lieu à une récompense,

l'accès à la piscine de l'hôtel...

«Il y a eu trois semaines où on était malades. Mais on s'est rattrapé. Au

retour à Sainte-Luce, Zachary était au même niveau», continue sa maman.

La famille a aussi rencontré une Montréalaise qui a enseigné à sa fille de

14 ou 15 ans plusieurs mois par années en voyage. «Elle me disait de ne pas

s'en faire. Sa fille est inscrite dans un programme art-danse-étude. En

voyage à Bali, cette jeune fille prenait des cours de danse et rapportait

des chorégraphies», raconte Mme Bibbo.

Pendant son séjour, le couple a même eu l'occasion de faire l'école

«internationale» avec des parents allemands qui, dans leur pays, avaient eu

bien de la difficulté à obtenir une permission de leurs autorités scolaires.

«On a fait de l'école ensemble, sur une plage, proche de la mer dans une île

de la Thaïlande. Je me suis rendu compte que je rencontrais les mêmes

difficultés», dit AnnaMaria Bibbo.

Le couple envoyait régulièrement ses impressions de voyage par courriel à

une cinquantaine de destinataires.

Il en était à son sixième voyage avec les enfants, ce qui donnera lieu au

tournage d'une émission de la série Enquête d'aventure par les Productions Vic Pelletier de Matane.

L'école en voyage n'est probablement pas la dernière expérience de la

famille qui jongle, pour l'hiver prochain, à l'Amérique du Sud pour

apprendre l'espagnol. Mais cette fois en quittant le pays avec... deux

enfants à qui ils feront l'école.

«Notre message est de ne pas s'arrêter aux barrières de la société. Comme

conseil, je dirais de ne pas s'en faire une montagne ; ça se passe bien en

s'adaptant aux circonstances du voyage, même s'il y a des gens qui peuvent se conter des peurs», conclut AnnaMaria Bibbo.